Fino Rivera et Maria Teresa & Pajarito et Kela, puro tango puro!

Tango: Langage Infini - RDV 2 et 3 Saison 2024/2025

Bonjour à toutes et à tous,

Je n’ai pas encore décidé si ce texte sera un e-mail, une entrée de blog sur notre site, un post sur Facebook ou un message WhatsApp dans le groupe Tango Langage Infini. Ce que je sais, c’est que ce sera un peu long comme texte, alors on pourrait l’appeler “À étudier, les amis !”

Notre première rencontre de Tango Langage Infini s’est basée sur une idée générale : avoir un corps disponible pour les différentes expériences de mouvement que nous allons vous proposer, en comprenant à la fois une technique de mouvement tanguera et, d’autre part, plastique, qui permet d’aller vers diverses directions du mouvement.

Nous avons commencé avec un court travail technique en effectuant quelques pas traditionnels. Ensuite, nous avons fait quelques exercices pour libérer les hanches, les genoux et les jambes afin de trouver de la définition et de la plasticité. À partir de cela, nous avons pris les pas traditionnels que nous avions et les avons modifiés de manière plus actuelle.

Nos deux prochaines rencontres auront lieu les 30 novembre et 7 décembre, tout juste l’une après l’autre !

Nous aimerions vous proposer de travailler à partir de deux aspects du tango traditionnel, qui possèdent une grande richesse et semblent présenter deux esthétiques différentes. Nous voulons vous proposer de travailler à partir de la manière de danser de Pajarito et kela, ainsi que de celle de Fino et María Teresa.

Pajarito et Kela viennent d’un quartier où l’on dansait très différemment du quartier d’où venaient Fino et María Teresa.

Ce sont des styles différents, avec des noms distincts dans l’histoire du tango dansé.

Nous allons observer leur danse, essayer de comprendre leur personnalité, ce qu’ils recherchaient dans leur danse, et à partir de là, en nous laissant inspirer, nous allons travailler la nôtre.

Un peu plus loin dans ce message, je vous donnerai une brève biographie de ces deux couples, mais les vidéos sont suffisamment claires et expressives quant à leur manière de danser.

Fino a peut-être été l’un des danseurs les plus admirés de sa génération, ce que j’appelle la deuxième “age ou ère d’or”, c’est-à-dire les années 80 et 90, qui sont finalement notre age d’or”.

Voici donc quelques données biographiques et les vidéos. Lisez-les pour mettre en contexte ce que vous allez voir dans les vidéos, et nous en discuterons ensuite pendant le cours.

L’idée est juste de regader les videos beaucoup de fois. 

2éme RDV 30 Novémbre

Notre prochain rendez-vous prend pour point de départ et source d’inspiration les pas basés sur le style et l’expérience d’Héctor Pájaro, et de sa femme Quela, ou Kela.

Héctor, que l’on surnommait également ‘Tito’ ou ‘Pajarito’, a commencé à danser très jeune avec ses frères, et s’entraînait au Club Sol Argentino avec un autre danseur très connu, appelé Kalisai ou Calisay. Calisay était un grand maître de l’âge d’or qui a formé de nombreuses personnes devenues ensuite d’excellents milongueros.

Kalisay avec sa femme Tita, dansaient lors de démonstrations de tango fantaisie, et il existe quelques vidéos en ligne, filmées dans les années 70. Kalisai et Tita étaient des compagnons et amis d’Antonio Todaro, et ils partageaient avec lui des inspirations stylistiques, esthétiques et une manière unique de danser et d’enseigner.

Héctor et Kela se sont mariés lorsqu’il avait 19 ans et elle en avait 18, et ils allaient danser au club Atlanta, à Villa Crespo. Toutefois, leur style est plus associé aux quartiers de Parque Chacabuco, Flores, Floresta, Valentín Alsina et Mataderos, des quartiers populaires de Buenos Aires.

En regardant cette vidéo, vous remarquerez une posture très naturelle, populaire, moins stylisée que dans des autres milongueros, influencée peut-être par le fait qu’elle Kela etait plus petite que Tito.

Vous verrez que leur façon de danser commence toujours par une sortie de base rapide qui se termine de différentes manières. Il n’y a pas de pauses et presque pas de marche, mais de belles sacadas accompagnées de boleos.

C’est un style très spontané, rapide, ce que nous, en Argentine, appelons un style “picadito”. Il y a beaucoup de créativité, des enchaînements de tours, des contre-tours, des boleos et parfois même quelques ganchos.

Celui qui crie “vamos pajarito” à un moment donné est le grand ami de Pájaro, Rodolfo Cieri, un danseur très admiré de ma génération. Je vous recommande de visionner une vidéo de lui avec sa partenaire et épouse María.

Pajarito et Kela ont également plusieurs vidéos en ligne, bien qu’elles soient difficiles à trouver, que je partagerai un jour. Ils dansaient également très bien la milonga.

Si vous aimez cette vidéo, vous apprécierez probablement aussi celles de Rodolfo et María Cieri.

3éme RDV le 7 Décembre 2025

Ramón Fino Rivera fut un danseur très important et influent dans les années 1980 dans le tango qui s’est développé à Villa Urquiza et Saavedra, et qui est connu sous le nom de Tango de Salón ou Tango Style Villa Urquiza.

 

Tous ses pairs et les historiens le considéraient comme le danseur le plus important, aux côtés de Luis Lemos, surnommé Milonguita.

Il était un grand danseur, et avec sa femme María Teresa, une danseuse exquise, ils formaient l’un des couples les plus complets et créatifs de ces années-là, et celui qui représentait le mieux l’essence du tango salón. Ils avaient une immense technique, créativité, surprise, élégance et bon goût.

Pour parler de Fino et María Teresa, qui sont les inspirations de notre rencontre du 7 décembre, je vais vous copier et traduire un beau texte écrit par un journaliste, essayiste, historien profondément tanguero, poète et musicien du nom de Roberto Selles.

Roberto Selles a été un historien important du tango, il a laissé plusieurs livres et de nombreux articles. Il a animé une émission de radio et a été l’un des enseignants de l’Université du Tango, de l’Académie Nationale du Tango et de l’Académie du Lunfardo.

(Le Lunfardo est le dialecte ou la langue de Buenos Aires, qui se mélange constamment avec l’espagnol castillan à Buenos Aires et qui est très présent dans les paroles et la poésie du tango.)

Pour parler et décrire Fino dans cet article, le journaliste Roberto Selles cite d’autres milongueros importants, parmi eux probablement le plus influent des années 40, surnommé “Petróleo”.

Petróleo (Carlos Estevez alias ‘Petroleo’) a écrit beaucoup sur le tango dans de courtes notes pour un journal syndical où il travaillait. Il a vécu longtemps et a été très reconnu dans le monde du tango. Il a beaucoup dansé et organisé des pratiques très importantes dans les années 40 et 50. Il connaissait profondément le tango et en a écrit l’histoire qu’il partageait avec les jeunes, qui sont devenus de grands tangueros plus tard.

Je vous parlerai de lui peut-être une autre fois. Pour l’instant, allons à l’article sur Fino Rivera et María Teresa:

https://trascarton.com.ar/148-noticias/mayo-2012/836-milonguero-de-patio.html

“RAMÓN RIVERA “FINITO / Milonguero de patio “

Par Roberto Selles / 11mai 2012 

Le surnom qu’on lui donnait était “Finito”. Parfois, “Fino”. Mais, selon ses documents, qui ne savent rien des fioritures tracées sur la piste, il s’appelait Ramón Rivera et était né à La Paternal le 24 mars 1929. Ce 11 mai (note: de 2012) marque un quart de siècle depuis son départ.

Ramón Rivera “Finito” a été admiré par certains maîtres du “corte” et du “quebrada”, comme  Jorge Martín Orcaizaguirre alias “Virulazo”, José Vázquez alias “Lampazo”, Carlos Estevez alias ‘Petroleo’ ou Oscar Coria, pour ne pas continuer la liste. Ce qui n’est pas rien quand on parle d’un milonguero.

Calos Estevez alias ‘Petroleo’ définissait son art avec ces mots : “Sa danse était une conjugaison de formes à la recherche de la beauté, réalisée avec une utilisation de ressources naturelles. Parfois, il glissait sans toucher le sol ; d’autres fois, il le caressait (…) il était grand sans le vouloir, car il maîtrisait l’espace, sans gestes ostentatoires.” Et il concluait en soulignant qu’il était “un monument d’idées devenues mouvements”.

Coria nous disait lors d’une conversation en 2003 : “Le style de Finito s’est perdu ; aujourd’hui, personne ne danse comme lui. Il avait une manière de faire un tour si particulière que, lorsqu’on essayait de la reproduire, les autres ne pouvaient pas garder l’équilibre.” Calos Estevez alias ‘Petroleo’ était d’accord : “Un magicien de l’équilibre”.

Et c’est bien vrai ; on le revoit dans une vidéo que nous avons conservée et nous ne pouvons que nous accorder avec ces deux milongueros et ajouter qu’il incarnait l’élégance en dansant. Et puisque nous mentionnons cette vidéo, ajoutons que l’art de ce grand du tango dansé, connu sous le nom de Finito, subsiste dans quelques enregistrements – très peu, malheureusement – et dans les souvenirs de ceux qui l’ont vu danser, comme Horacio Ferrer, qui s’en souvenait avec une admiration inavouable.

Il fut également évoqué, avec la même admiration et la nostalgie de l’époux perdu à jamais, par María Teresa, sa compagne dans la vie et sur la piste : “Fino, en dansant, était d’une délicatesse… ses pieds effleuraient à peine la piste… incroyable ! On aurait dit qu’il flottait dans les airs.”

Et pour résumer, vient à l’esprit sa propre phrase : “Le tango doit te donner la chair de poule, mon frère ; sinon, ça ne marche pas”. Combien de danseurs actuels, avec une technique mécanique mais sans que leur cœur descende dans leurs pieds, devraient apprendre cela ! Ou pas. Ces choses-là ne s’apprennent pas ; elles se portent en soi.

Finito est né à La Paternal et c’est là qu’il a commencé ; pour être plus précis, c’était au Club Floreal, où il a commencé à devenir un danseur semi-professionnel, ce qu’il a été toute sa vie.

Parce que Finito était un “milonguero de patio”, ni plus ni moins qu’un milonguero de patio. Cela signifie qu’il n’a jamais vécu de la danse, mais de son métier de mécanicien. En parlant des milongueros de patio, Luis Alposta nous disait que le meilleur danseur de tango est le milonguero anonyme. C’est-à-dire celui qui n’était connu que dans son quartier et peut-être, un peu plus loin, et avec le temps, son nom tombait dans l’oubli.

De Finito, on pourrait dire que c’était le cas. Si ce n’était que, dans ses dernières années, l’anonymat lui allait de moins en moins bien, et son nom a commencé à se faire connaître, échappant au destin de l’oubli qui le menaçait. Pour le bien du tango.

On lui a attribué, comme lieux d’origine, les quartiers de Villa Pueyrredón et de Villa Urquiza. D’après les informations dont nous disposons, il était de La Paternal, et cela a été confirmé par un autre grand du “corte” et de la “quebrada”, José Vázquez alias Lampazo, lorsque Gabriel Angió lui a demandé : “Finito venait-il d’Urquiza ?” et il a répondu sans hésiter : “Non. Finito venait de Boyacá et Juan B. Justo. Plus proche de La Paternal.”

Nous supposons que la confusion provient du fait qu’il a été l’un des initiateurs du style appelé “Villa Urquiza”, qui n’était pas précisément un style des milongueros de ce quartier, mais de ceux qui allaient danser dans les très populaires milongas de la région : Sin Rumbo, Pinocho, Sunderland et Akarense, entre autres.

Vers le milieu des années 1950, avec l’invasion du rock and roll, le tango a commencé à s’éloigner de la jeunesse. Dans la décennie suivante, les Beatles lui ont donné le coup de grâce. En conséquence, Finito, accablé par le mépris qui frappait notre musique, a décidé d’abandonner la danse.

Mais il a su, finalement, revenir sur les pistes ; “on revient toujours à son premier amour”, nous rappelle Le Pera, grâce à la voix de Gardel. Il l’a fait seulement en 1980, quand la situation a timidement commencé à changer, grâce à la diffusion internationale du spectacle Tango Argentino et à un changement de mentalité local ; par exemple, le quotidien Clarín publiait, tous les jeudis, deux pages complètes, aujourd’hui inoubliables, sur la musique porteña, avec l’inclusion insolite et bénéfique de nouveaux tangos.

Le retour a eu lieu sur la piste du club Vélez Sársfield, bien sûr avec María Teresa, qui commentait ce retour ainsi : “Il croyait qu’avec tant d’années sans danser, il y aurait de nouvelles choses ou quelque chose de différent. Mais c’était pareil. Il m’a regardée, a souri, et m’a dit : «Mais on est encore comme au premier jour». Nous sommes sortis sur la piste et il était inspiré. Tout lui venait naturellement. Et pourtant, en 26 ans, nous n’avions pas répété. Il a tout fait. Il était tellement inspiré que Virulazo a commencé à demander «qui est ce mec qui déchire». C’était Fino. Depuis, on ne s’est plus arrêtés.”

Ensuite vinrent les tanguerías, les théâtres, la télévision, le cinéma, quelques remplacements lorsque Juan Carlos Copes partait en tournée… Mais c’était de temps en temps ; Finito restait un milonguero de club. Toujours avec María Teresa, il montrait son art, qui, heureusement, a été immortalisé dans quelques films, Tango, Bayle Nuestro et Tango Bar, et dans quelques vidéos non commerciales, comme nous l’avons déjà mentionné.

Finito et María Teresa se sont mariés en 1954 et ont eu trois enfants, Diana, Alicia (aujourd’hui avocates) et Ramón (aujourd’hui commerçant). Sa compagne sur les pistes et dans la vie lui a survécu jusqu’au 19 septembre 1999, alors qu’elle avait 69 ans.

L’acteur Robert Duvall, un fervent adepte du tango dansé, fut émerveillé en le voyant déployer son art (qui ne le serait pas !?) et lui a proposé de participer à son prochain film. Un certain temps après, en appelant depuis les États-Unis pour confirmer l’offre, il a appris que Finito était déjà parti danser dans un autre quartier…

C’était le 11 mai 1987. “Nous venions de finir un tango et il a eu un vertige. Nous nous sommes retirés sur le côté et là, il s’est arrêté. Son cœur a lâché. Il est mort comme il le souhaitait, en dansant”, se souvenait María Teresa, déjà avec les pieds solitaires et le cœur déserté.

Une crise cardiaque l’a terrassé à la milonga Akarense, au 1355 Donado, à Villa Urquiza. Il est mort comme il avait vécu.

L’article finit avec un poeme de Selles 

Finito

Un retazo de calle, luna baja

con cielo de rayuela sobre el flaco almacén,

trastienda con su mundo de baraja,

y a lo lejos, ladridos y el pito de algún tren.

Barrio de Paternal, ciudad al Norte,

empedrado, zanjones y portón,

predio donde mamaste la índole del corte:

ese avatar al modo milonguero

del yuyo, del potrero

y el traquetear de carros camino al corralón.

Andabas esas calles, con tu paso de mito,

deletreando la esencia de los tangos, Finito.

Finito de los cortes con sol de enredadera

-macramé que entoldaba los patios proletarios-,

tu ciencia deschavaba la cosa verdadera;

no eran tus figuras materia para otarios,

si firmaba tu pie: “Ramón Ribera”.

Si para el tango –dicen– se necesitan dos,

no había, es claro, tango si uno no eras vos.

Te nombran las baldosas sahumadas de glicinas,

los moños de las trenzas de novias vueltas sombra,

el percal desvaído de las antiguas minas

–diestras formativeras, heroicas bailetinas–,

los breones de codo soldado a los estaños,

la grela que en la daga de la liga se ahombra;

todo el suburberío de añorados antaños

apuesta su emoción cuando te nombra.

Y nombra, si te nombra, las canyengues ternuras

de María Teresa, sombra de tus tamangos,

hiedra de tus figuras,

estampilla pegada a las diabluras

de tus pies en los tangos.

Fue María Teresa la otra parte

de esa magia maleva de tu arte.

Se fue con vos el barrio –cinacina y yuyal–,

aquél que tuvo el carro allá por Caldas

–firme sobre el pescante la imagen de mi abuelo–

y el albino fijado (¿verdad, Pepe?) al umbral.

Hoy vengo a convocarte, cargando en las espaldas

un resto de aquel cielo

con azul de arrabal.

Volvé. Vení. Te escucho.

Contame, con tus cortes, del mate con bizcocho,

de fumarse la nada cuando no queda un pucho,

del patio enmalvonado y el visteo del ocho.

Finito de los pasos como pájaros bajos,

palote en las baldosas del viejo Club Floreal,

Finito de las bravas figuras como tajos

en el rostro de un patio en Paternal,

Finito de la vida tirada en la vereda

tras el corte final,

quisiera –¡te lo juro!– volver atrás la Rueda

y verte al pie del tango –acaso, “El porteñito”–

milonguear como sólo lo hacías vos, ¡Finito!